Comment choisir son terrain pour construire une maison autonome ?
Par Benjamin Vialan, ingénieur bâtiment – J’autonomise
Vous voulez construire une maison autonome et vous n’avez pas encore trouvé de terrain ?
Cet article tombe à point nommé, il est encore temps de vérifier quelques éléments pour maximiser le niveau d’autonomie que vous pourrez atteindre.
Une maison autonome, c’est quoi ?
Une maison autonome produit elle-même les ressources dont ses habitants ont besoin pour vivre : eau, électricité, chaleur. C’est réalisable grâce à des systèmes de production écologiques et aux principes des maisons bioclimatiques (conçues pour tirer parti du soleil et du climat local) et passives (qui consomment très peu d’énergie pour se chauffer). (En savoir plus)
Elle peut être autonome totalement ou partiellement, selon la performance de ses équipements de production et, surtout, selon la maîtrise des déperditions (l’énergie perdue inutilement, par exemple la chaleur qui s’échappe par les murs) et des consommations superflues. (En savoir plus)
Rendre sa maison autonome, c’est limiter l’impact de notre mode de vie sur la nature, s’adapter au dérèglement climatique et gagner en indépendance pour assurer nos propres besoins. (En savoir plus)
Quelle que soit votre vision de l’avenir, une maison autonome, c’est l’assurance de pouvoir répondre à ses besoins en toute situation.
Le voisinage
Nombreuses sont les personnes à vouloir s’éloigner du bruit des grandes villes pour trouver le calme. Ce qui est tout à fait compréhensible. Un terrain en pleine nature pourrait alors sembler parfait pour transformer un bien existant en maison autonome ou en construire un nouveau.
Mais vivre vraiment en pleine nature, loin de toute habitation et de tout commerce, présente aussi plusieurs inconvénients : Une vie sociale potentiellement fortement diminuée. Cela peut convenir à certaines personnes, mais parfois seulement un temps. Une entraide locale très limitée, pourtant on a régulièrement besoin d’une paire de bras en plus ou de matériel. Lorsque l’on rénove une maison, entretient un extérieur… Un niveau d’autonomie souvent plus faible ou plus complexe à atteindre. Principalement au niveau alimentaire, aspect certainement le plus complexe de l’autonomie. Un temps de trajet potentiellement décuplé. Ce qui n’est pas problématique quand on doit sortir 1 fois par semaine. Mais qui peut le devenir, dans le cadre d’une restauration ou construction. étant donné les besoins très réguliers en matériaux.
C’est pourquoi avant de signer pour l’achat d’un terrain (ou d’un bien à transformer), il est nécessaire d’étudier ces petits détails. Car ils pourront parfois vous incommoder chaque jour.
La végétation
Construire en pleine forêt est une solution pour gagner en confort d’été. La végétation créant des ombrages et un microclimat plus humide, propice au rafraîchissement de l’air. Le gain pour le confort estival présente tout de même plusieurs inconvénients. La production solaire d’énergie thermique ou électrique sera plus complexe. Il est possible de déporter la production de l’électricité, mais difficilement celle de la chaleur.
De plus en période hivernalee, il faudra à l’inverse limiter la végétation à proximité directe des ouvertures exposées côté sud. Afin de pouvoir bénéficier des apports solaires gratuits.
C’est pourquoi dans le temps, on voyait quasi systématiquement des grands arbres à feuilles caduques à proximité directe des fermes. Ainsi, il y avait de l’ombre en été et non en hiver.
Construire sur un terrain totalement vierge présente lui aussi un inconvénient de nos jours, c’est le temps nécessaire à l’installation d’un écosystème végétal. Il faut compter au minimum 10 à 20 ans avant que la couronne des arbres (le houppier) devienne assez large pour faire de l’ombre. Dans ce cas, la création de système d’ombrage amovible sera obligatoire avant le premier été.
La pente
Vouloir profiter au réveil d’une vue dégagée sur le paysage induit généralement d’avoir un terrain en pente. Le charme de la vue se paie alors par une augmentation très importante des efforts physiques. Que ça soit pour construire ou rénover une maison, ou entretenir ensuite le terrain.
Avec un terrassement très conséquent on peut bien s’adapter à la pente d’un terrain, en créant des terrasses (des restanques) retenues par des murets. Mais même en étant équipé d’engin de chantier, il faut être honnête le travail sera bien plus conséquent que sur un terrain plus plat.
La pente présente tout de même un avantage dans certains cas, car elle permet par exemple de faire circuler l’eau par simple gravité, sans pompe. Mais cela est valable jusqu’à un certain point, car il faut se méfier des éboulements en période de pluie.
S’installer en contrebas d’une pente, induit aussi un risque d’inondation plus élevé. Dans ce cas, il faudra donc éviter de construire dans la zone la plus basse de votre terrain, en prenant en compte ce risque.
L’analyse de la pente d’un terrain est donc primordiale pour la réussite d’un projet d’autonomie et vous économisera peut-être pas mal de sueur.
Le climat local
Même sans le dérèglement climatique, le climat local actuel a un impact direct sur le potentiel d’autonomie d’un projet. Ainsi, un terrain situé sur vallon orienté Nord induira moins ou pas d’apport solaire en période hivernale et des températures localement plus basses. Ce qui rendra plus complexe l’atteinte d’un niveau d’autonomie acceptable.
Connaître les vents dominants sur le terrain, en vous renseignant dans le voisinage vous permettra aussi de vérifier s’ils sont adaptés avec la géométrie de votre projet. L’orientation des arbres, leurs courbures pourront vous donner aussi des informations généralement fiables.
Si vous ne connaissez pas exactement le climat local, vous pouvez regarder les relevés Météo France de la station la plus proche possible. Vous aurez une tendance sur les dernières années. Des indications presque plus précises du climat local, pourront être fournies par l’analyse de la végétation haute et basse sur le terrain.
La diversité et l’abondance de la végétation, induit généralement des précipitations suffisamment régulières, des apports solaires importants et un climat raisonnable.
Les risques naturels
Les risques naturels d’un terrain ont historiquement une probabilité d’avoir lieu relativement faible dans la majorité des cas. Mais avec le dérèglement climatique en cours, qu’ils doivent être a minima analysés, car des évènements plus réguliers et puissants deviennent maintenant la normalité.
Les phénomènes d’inondations peuvent être rapidement écartés dans le cas de terrain un minimum en pente. Mais pas celui des glissements de terrain potentiel. A l’inverse, dans le cas de terrain en bas de pente ou à proximité du niveau de la mer. Il faudra prendre en compte ce risque lors de l’implantation de la maison. Dans ce cas la prise en compte des risques de glissements de terrain et de création de torrents dévastateurs sera aussi nécessaire.
La combinaison d’une sécheresse avec un vent important, peut générer des feux forêts assez incontrôlables. Ils touchent des habitations bien au-delà de la lisière des forêts. Bien entretenir son terrain sera un facteur très favorable pour éviter de gros dégâts.
Une tempête ou un vent violent sont généralement un évènement extrême qui reste dans l’axe des vents dominants. L’implantation des plantations hautes devra prendre en compte cette direction, pour ne pas risquer d’endommager la maison.
Le sol
Un sol très spongieux après une pluie ou avec des petites crevasses l’été, indique la présence importante d’argile. Pour les constructions le principal risque est le gonflement de ces argiles l’été. Ce qui induit un mouvement conséquent de la maison, et des fissurations potentiellement importantes. Un surcoût sur les fondations et le plancher bas de la maison sera donc sûrement à prévoir pour s’adapter à cette contrainte.
Dans le cas d’un sol très caillouteux, assez clair, avec une végétation en place assez pauvre ou un type de végétation majoritairement présent. Il est très probable que le sol soit pauvre en terre végétale ou très typé. L’autonomie alimentaire sera alors plus complexe, les cultures étant moins abondantes. Dans ce cas il pourra être nécessaire de ramener de la terre végétale et de la matière organique pour recréer un sol pour la culture. Ce qui peut être possible à l’échelle d’un potager. Mais plus complexe à l’échelle d’un verger.
Prendre le temps de regarder ce qui pousse sur le terrain que vous souhaitez acheter et dans le voisinage. C’est anticiper d’éventuels surcoûts structurels pour la construction et assurer la réussite de plantation.
La taille du terrain
Il faut être honnête, l’autonomie peut prendre pas mal de place et principalement l’autonomie en eau. Mais ce n’est rien par rapport à l’autonomie en nourriture. L’autonomie en chauffage d’une maison mal isolée peut nécessiter des volumes importants de bois par exemple et donc une surface de forêt non négligeable. Mieux vaut isoler sa maison, pour économiser en temps et énergie.
Une zone libre de toute végétation et circulation de voiture de 100 m² pourra être nécessaire pour le stockage de l’eau.
Dans le cas d’une installation électrique au sol, on peut vite parler de plusieurs centaines de mètre carré, lorsque l’on prend en compte les ombrages.
La dimension du terrain est donc un compromis entre limiter les ombrages à certains endroits et période de l’année. Pour maximiser les apports solaires sur les panneaux et à travers les fenêtres. Et avoir assez de végétation pour créer des ombrages en période estivale, tempérer le climat et limiter les vents violents.
Il n’y a pas de règle précise, mais on peut dire qu’en dessous de 1000 m² il est probable que le niveau d’autonomie de la maison soit possible mais complexe à atteindre. Et qu’au-dessus de 2500 m² on a des chances d’avoir suffisamment de place pour commencer à organiser plus facilement les différentes zones en fonction des besoins.
Encore un doute ?
C’est normal : l’autonomie dépend de nombreux paramètres, et analyser le potentiel d’un bien n’est pas simple.
Je vous propose une analyse gratuite d’environ 30 minutes en visio. Vous me présentez votre projet (vous pouvez comparer jusqu’à 2 ou 3 biens), et je vous donne mon avis de spécialiste sur sa viabilité et sur les bonnes étapes pour avancer.
Si un accompagnement est utile dans votre cas, je vous propose ensuite la formule adaptée : du conseil en ligne pour avancer à moindre coût, ou une étude technique d’autonomie en eau, électricité et chauffage, avec la modélisation de plusieurs solutions et leurs avantages et inconvénients. Je ne fais pas de devis à tout le monde : seulement quand l’investissement est judicieux pour vous.
Les mots techniques en clair
- Déperditions : l’énergie (souvent de la chaleur) perdue par les murs, le toit, les fenêtres ou les fuites d’air.
- Apports solaires : la chaleur gratuite apportée par le soleil, surtout à travers les vitrages orientés au sud.
- Arbres à feuilles caduques : arbres qui perdent leurs feuilles en hiver : ils font de l’ombre l’été et laissent passer le soleil l’hiver.
- Retrait-gonflement des argiles : les sols argileux gonflent quand ils sont humides et se rétractent quand ils sèchent, ce qui peut fissurer une maison.
Qui suis-je ?
Je suis Benjamin Vialan, ingénieur bâtiment et maître d’œuvre depuis 13 ans. Avec J’autonomise, bureau d’études indépendant des fabricants et des installateurs, je conçois et dimensionne des maisons autonomes en eau, en électricité et en chauffage, et j’accompagne la rénovation du bâti ancien (humidité, confort thermique, santé du bâtiment). Plus de 230 projets accompagnés depuis 2022, en France et en francophonie.
Chaque projet commence par une analyse gratuite d’environ 30 minutes en visio : vous me présentez votre projet, je vous donne mon avis sur sa viabilité et sur les bonnes étapes pour avancer.